Pourquoi l'enfant dessine ?

Pourquoi l’enfant dessine ? Le dessin occupe une position intermédiaire et paradoxale entre le jeu et le langage. L’enfant réalise les premières traces sur le papier au moment où il commence à maîtriser la marche et le mouvement de son corps dans l’espace. C’est parce que l’enfant est séparé du corps de sa mère qu’il peut imprimer sa trace sur la feuille. A partir du moment où l’enfant est debout dans la verticalité, il peut libérer ses mains et va vraiment s’identifier à ses figures parentales qui sont les modèles à suivre. Cherchant à les imiter, il laisse sa trace sur la feuille.

 Le dessin est l’expression de son identité

-Cette trace va d’emblée s’organiser en trace de son identité. Que cherche à figurer l’enfant quand il cherche à dessiner ? c’est de se représenter lui-même. Cela aboutira au dessin du bonhomme qui est la quintessence du 1er dessin de l’enfant de même que les premiers mots écrit énonce le prénom de l’enfant. La 1e vocation du dessin est narcissique et identitaire.

Le dessin est la représentation rythmique du lien à l’autre

-Avant le dessin, la trace préfigurative commence par des balayages, qui sont des allers-et retours qui occupent la feuille. Le balayage figure le lien qui est porteur de la relation à l’autre : « Je vais vers toi, je reviens vers moi ». C’est dans ce lien que se construit la relation. Quand l’enfant balaye, il n’y a pas d’investissement de son dessin. Par contre, il y a une trace préfigurative plus spontanée de la part de l’enfant représentée par la spirale. Elle se réfère à des états rythmiques et émotionnels précoces. Cette trace pourrait évoquer les mouvements de l’enfant in utero s’enroulant et se déroulant dans le ventre de la mère. Puis, très vite, arrive une première figuration du bonhomme têtard où tout part de la tête, structure centrale avec des trait qui partent vers l’extérieur.

Le dessin est l'expression de la vie émotionnelle

-Le dessin a un effet libérateur : le trait est infiniment porteur de significations affectives. Il va se décliner dans toutes les nuances des affects : que ce soit la colère où un trait déchire la forme de la feuille en forme d’attaque ; la peur où l’enfant se blottira dans un coin de la feuille ; le triomphe où l’enfant apparait en occupant toute la feuille dans une position valorisante vêtus de parure et d’arme démonstrative de force ; la tristesse avec le ciel chargé de nuage déversant leur larmes. Cela permet de projeter dans l’instant des états d’âme débordant mais il n’y a pas de symboles absolus, tout est relatif selon le contexte relationnel éprouvé par l'enfant. Le dessin est une forme d’exhubération affective. La couleur est par définition liée à l’état affectif. Les dessins sombres n’évoquent pas une certaine de joie de vivre, à la différence des dessins très vifs et colorés.

Les Enfants sont Créateurs de leur histoire 

-Le dessin est une forme d’expression libératrice de l’intensité affective dans laquelle l’enfant vit. De la trace (balayage), au tracé (spirale) et aux traits (dessin), l’enfant affirme de plus en plus sa présence en tant que personne séparé : il s’affirme dans une forme de signature de lui-même à travers le dessin. « Quand j’étais enfant, je dessinais comme Raphaël, mais j’ai mis toute une vie à savoir dessiner comme un enfant. » Picasso.

Pour en savoir plus :

Pourquoi le jeu est un langage ?