Les Enfants Créateurs jouent le papa et la maman : L’aîné joue le père – metteur en scène et la cadette la mère – magicienne

Résumé : Les Enfants Créateurs jouent le papa et la maman. Le frère aîné est le metteur de scène. Pour autant, il ne supporte pas que sa sœur porte une couronne, comme si tout pouvoir devait lui revenir. Il tente de lui prendre sa couronne mais celle-ci se défend. Son rôle de dirigeant se déplacera sur le bon entretien de la cuisine et sur la création d’une veilleuse.

Les Enfants Créateurs mettent en scène le spectacle de leur quotidien

Valentin imagine un spectacle dans lequel il joue le rôle de père, sa sœur le rôle de la mère qui s’occupe de trois bébés. Le frère aide sa sœur à installer le décor, la poupée et lui donne les instructions, « il faut lui mettre son bavoir », cherchant ainsi à garder la maîtrise du jeu.

La petite soeur se rebelle quand son frère aîné lui confisque sa couronne

Melisande ne se laisse pas faire. Aussi, elle parvient à sauvegarder son emblème malgré les attaques de son frère qui veut la déchoir du rôle de reine. Cette séquence illustre une scène de rivalité classique, à ces âges, entre frère et sœur.

Le frère aîné décline l’histoire à l’imparfait

Valentin différencie la réalité du présent de l’histoire fictive qu’il raconte à l’imparfait. Il témoigne ainsi de sa capacité à se repérer dans l’espace et le temps. Il parvent à se distancier par rapport au quotidien en mettant en scène une histoire : « Il était un jour une maman qui cuisinait pour ses bébés. Un jour, on nettoyait la cuisine.» Notons qu’il s’appuie sur des alliés fictifs, en parlant en terme de « on », cherchant ainsi à retrouver la puissance à laquelle il avait provisoirement renoncé.

Valentin déplace ses intérêts sur la propreté

Il exerce son pouvoir dans la cuisine, s’activant au rangement et à la propreté. Il nettoie deux fois les instruments de cuisine : à la main puis dans la machine à laver. Valentin se sert de la poupée qu’il attrape par les cheveux avec de la vivacité pour exprimer a-minima une certaine agressivité.

Mellisande valorise le féminin en prenant soin de sa poupée

A la différence de son frère aîné, la sœur cadette coiffe les cheveu. Son comportement contraste avec les gestes de dépit de son frère aîné.

La pince à cadeau pour le bébé

La pince semble avoir le pouvoir magique d’attraper des cadeaux. Malgré l’injonction de Valentin de ranger cette pince dans la « machine à laver », Melisande s’affirme. Elle réussit à récupérer l’instrument dont elle semble habiller sa poupée. En tant que petite fille, elle montre là son destin de future maman.

Valentin affirme son talent de chercheur et crée une veilleuse dans l’évier

Le frère transforme une bouteille de lait en veilleuse qu’il installe au-dessus de l’évier. Il demande à sa sœur de tirer le tissu pour mettre la lumière en marche. Mais finalement, il lui reproche d’effectuer un geste imprécis : «Je vais re-tirer parce que tu l’as pas bien fait. » Par cette création, Valentin semble vouloir représenter son désir de mettre en lumière ce qui l’interroge sur cette histoire de bébé.

Les Enfants sont Créateurs de leur histoire

Les Enfants Créateurs prennent le rôle de leurs parents cherchant ainsi à inverser les positions tout puissant et impuissant. Dans le registre émotionnel, ces jeux de rôle ont une double fonction : apprendre à réguler les affects dans l’interaction et travailler émotionnellement ce qui se jouent entre les enfants et les adultes. Par ailleurs, ces jeux de faire-semblant aident progressivement à intérioriser les règles de vie en société, où la place de chacun est à respecter.

© Copyright : Film vidéo sur le jeu de l’enfant réalisé par Sophie Anita, tous droits réservés, 2017.

Pour en savoir plus sur la psychologie de l’enfant qui joue,

Quelle est la fonction parentale face à l’enfant qui joue ?

Le jeu est un langage

Le jeu est un langage, un langage essentiellement émotionnel : Sophie Anita, photographe et psychologue, filme le théâtre du jeu des "enfants terribles" : la créativité de l'enfant dans le jeu au regard de ses mouvements émotionnels.

Les textes qui accompagnent les vidéos témoignent de la nécessité de regarder avec beaucoup d’attention le déroulement des séquences de jeu. En effet, l’enfant par une simple mimique, un geste ou une posture peut être révélateur d’un état émotionnel intérieur. C’est là le principal moyen de communication des bébés et jeunes enfants. Et, sa pensée commence par s’exprimer dans ses émotions.

Chaque situation est singulière et l'empathie, ou la capacité de se décentrer en se mettant à la place de l'enfant, est déterminante pour saisir ces messages qui sont surtout émotionnels. En effet, la capacité de l’adulte à ressentir les émotions de l’enfant aide à comprendre ce qui est en jeu.

Nommer l’émotion est fondamental pour le développement de l'enfant, car c’est reconnaître la singularité de son identité. C'est aussi accepter que l’enfant est en droit d’avoir des émotions. Que ce soit de la colère, de la jalousie, de la tristesse … elles sont souvent liées à la peur de perdre sa place.

Traduire calmement les émotions en langage verbal permet à l'enfant de s’apaiser. Celui-ci pourra ainsi "digérer" cette réaction affective qui le déborde et transformer positivement ses émotions en pensée. Une émotion de peur, de colère ou de tristesse pourra se métaboliser en joie et en plaisir à créer si elle est accueillie, entendue et comprise par l’adulte.

Il est important de souligner que l’identité de l’enfant naît d'une co-création entre l'enfant et l'adulte et dépend de la qualité des interactions. Ainsi, l'enfant s'appuie sur la qualité des liens tissés au fil des années avec son environnement. Progressivement, il acquiert son autonomie pour devenir une personne se sentant en sécurité et digne d'être aimé.

Musique des films

Debussy interprété par Philippe Entremont : Clair de Lune, Deux arabesques, Images I & II, Children's, Corner, ©Sony Classical, 1992.

Bizet ; Jeux d'enfants, Ravel : "Ma mère l'Oye, Fauré ; Dolly Suite" intérprété par Katia & Marielle Labèque, ©Philips, 1985

Ravel interprété par Philippe Entremont : Complete Piano Works, Sony Music Entertainment Inc, 1974 ©Sony Classical, 1994.